11 mars 2018

Ferrières – "Le Luthier"

Encore une fois nous avons varié notre menu de balades. Abandonnant pour un temps les Pyrénées et après une rando dans le département du Lot c’est au tour du Tarn d’accueillir notre groupe de marcheurs.

Il n'y a pour l'homme que trois événements : naître, vivre et mourir (La Bruyère 1645-1696). Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre sauf en ce beau dimanche de mars où neuf courageux volontaires autour de Pascale, quatre dames et cinq messieurs dont le courageux « petit Bernard » embarquent dans deux voitures pour Ferrières (81).
Au programme, une sucette de 11 km et quelques 240 m de dénivelé. Peu de chance de se perdre car Pascale monte en compétence, et surtout le balisage en jaune et le fléchage en panneaux tout neufs sont parfaits. Alors s’agit-il d’une petite randonnée fadasse, voire ennuyeuse ? Que nenni ! En copiant l’échelle des épices de Scoville, nous serions entre le neutre et l’explosif sensiblement à hauteur du niveau dénommé chaleureux. Rien qui pouvait nous faire souffrir, pas même le temps qui nous offrit un avant-gout de printemps, que du plaisir, de l’entraide et de la bonne humeur.
Peu après le départ, nous entamons en montant dans le village, le manche de la sucette. Abrité en grande partie par des hêtres et des chênes multiséculaires, l’aller-retour à dominante didactique où l’on nous explique oralement l’utilisation des sources (il suffit de tourner vigoureusement une manivelle) longe la cabane de berger et le rocher de La Peyre haute avant de s’aplanir jusqu’au point de vue. 
La cabane se différencie de nos orrys pyrénéens dans la mesure où le constructeur se sert intelligemment du relief existant c’est-à-dire des nombreux rochers présents et le renforce d’un mur. Nous pourrions presque parler d’un spoulga si la construction avait été plus conséquente. 
Pour finir, nous arrivons sur le Roc de Peyremourou surplombant la vallée de l’Agout et avec en point de fuite le barrage de Record construit en 1924.

Voici une anecdote en relation avec le meunier du moulin de Record. Elle explique la création des célèbres chaos du Sidobre et en particulier de la construction du pont de Thessauliés.
Au XVIe siècle, alors que Messire Guilhot de Ferrières, chef des Huguenots était accusé par les papistes d'avoir des relations avec Satan, les consuls de Ferrières et de Vabre s'adressèrent au malin pour qu'il construise un pont à Thessauliès. Le Diable a peu d'imagination : il réclama l'âme du premier qui passerait sur l'ouvrage. Guilhot avait voyagé et il conseilla aux consuls d'accepter.

« Nous y feront passer l'âne du meunier de Record. »

Les consuls en rirent beaucoup. Leurs épouses le confièrent à toutes leurs amies. Lucifer qui arrivait, les poches gonflées de rochers pour établir le pont, entendit les bavardes. Courroucé, il vida ses poches sur la pente et pris congé des Sidobriens. Les cailloux roulèrent, en éboulis, et formèrent la "poutsado dal Diablé" (la poche du Diable), les chaos.

Bien sûr ce récit est loin d’épuiser l’Histoire mouvementée des protestants très implantés dans le sud du département du Tarn et en particulier dans les monts de Lacaune où leur présence émaille l'histoire locale tant la région est encore riche d’anciennes fermes et maisons bien retapées. Signalons, pour en finir, la présence de nombreuses tombes sur des terrains privés et surtout l’existence d’un musée du protestantisme à Ferrières. Hélas il était fermé.
Après ces 2,5 km parcourus, nous traversons Pébiau et nous dirigeons vers la Borie de Mialhe. Mais c’est dans le hameau de Cabrespine, après une montée soutenue, que nous décidons de déjeuner au soleil. Il est midi. 

Encore un petit effort en guise de sieste et nous atteignons la ligne de crêtes. Beaux paysages sur de profondes vallées sauvages maintenant envahies par la forêt. Il n’y a que peu de cultures, quelques près pour les bovins, les bergers semblent avoir disparus. Il faut savoir que la population de Ferrières est passée de 900 habitants au XVIIIe siècle à 130 âmes actuellement !
Cette balade se dénomme "le Luthier" car il existait un facteur d’instruments à cordes réputé habitant à Ferrières. Nous passons devant sa maison en bon état, ce n’est pas le cas du château éponyme en voie de restauration. Il fut un temps où il servit de prison. Y étaient enfermés des prisonniers sans jugement par lettres de cachet.

Peu avant le retour sur le parking de la mairie, nous traversons des sous-bois recouverts d’un tapis de perce-neiges en floraison. Même le plus habile des jardiniers n’arriverait pas à organiser un si bel ensemble floral.

Il est 14h30, les plus courageux utilisent les tables et les bancs comme agrès pour s’étirer. Ce magnifique mobilier en granite du Sidobre provient des nombreuses industries spécialisées dans le traitement des rochers. En effet :

Les rochers arrachés à leur sommeil, livrés aux scies
Éclatés, meurtris, écorchés, polis,
Uniformément carrés selon les gabarits,
Partent sur les chemins, au-delà de cent lieux.
           Guy Viala

Un grand merci à Pascale de moins en moins secondée par Philippe, le diplôme n’est pas loin !

Pot de l’amitié dans un bistrot à Castres.

À bientôt sur d’autres chemins.